+22320238920 +22320238921

Politiques agricoles du Mali

70% Complete

Dimanche 10 janvier 2010

Le monde rural, qui concerne 75% de la population du Mali, contribue à hauteur de 40% du PIB (selon les statistiques officielles 2008 du ministère de l’économie malien) et, depuis 2000, sa croissance moyenne annuelle s’établit à 3.6%. L’agriculture malienne est essentiellement tournée vers l’agro-pastoralisme, et la culture du coton est la principale pourvoyeuse de devises. Le reste des productions est essentiellement destiné à la consommation locale.

Depuis l’indépendance, ce sont surtout des plans triennaux ou quinquennaux qui ont régi les politiques agricoles maliennes. Les premières PASA (Politiques d’ajustement secteur agricole) interviennent en 1982 avec le Programme de restructuration du marché céréalier (PRMC).

Du schéma de développement rural à la stratégie de développement agricole

A la suite du changement de régime de 1991 et suite à plusieurs années de difficultés pour le secteur agricole (sécheresse, baisse des prix sur les marchés…), des états généraux du monde rural (intégrant pour la première fois les professionnels agricoles) sont organisés en décembre 91, dont le document de travail principal est le Schéma directeur de développement du secteur rural (SDDR), adopté par le gouvernement de transition en 1992 et révisé en 2001. Par ce document, le monde agricole s’adapte à une gouvernance désormais décentralisée.

Ce schéma a permis :
– des gains de productivités (maïs, riz) via l’amélioration des structures de production et, surtout, l’accroissement des surfaces cultivées ;
– la libéralisation des échanges, la suppression des taxes à l’exportation, l’accès au crédit de commercialisation ;
– une meilleure intégration des professionnels du monde rural dans la définition des politiques.
Le SDDR prévoyait également une meilleure gestion des productions et une lutte importante contre la pauvreté. Les avancées dans ces domaines sont restées globalement timides.

Le SDDR est l’un des trois documents stratégiques adopté par le Mali, au cours des années 90, qui concerne le développement rural avec :
– le Cadre stratégique pour la sécurité alimentaire (CSSA), revu et renommé SNSA (Stratégie Nationale de Sécurité Alimentaire) en 2002 ;
– le Cadre stratégique de lutte contre la pauvreté (CSLP), remplacé par le CSLP2 2007/2011, intitulé CSCRP (Cadre stratégique pour la croissance et la réduction de la pauvreté).

Ces trois documents stratégiques adoptent des objectifs transversaux :
– augmentation de la contribution du secteur primaire à la croissance du PIB ;
– renforcement de la sécurité alimentaire avec volonté d’atteindre l’autosuffisance alimentaire ;
– croissance des revenus et amélioration des conditions de vie en milieu rural ;
– protection de l’environnement et des ressources naturelles.
Tous ces documents de travail intensifient et approfondissent les PAS et permettent des avancées sur le plan économique, mais n’ont pas de réel impact sur les conditions de vie des populations rurales. Enfin, en 2007, dans un souci d’efficacité et à l’occasion de la mise en place du CSLP2, le gouvernement malien décide de réunir, notamment, SNSA et SDDR au sein du CSLP2 renommé CSCRP (Cadre stratégique pour la croissance et la réduction de la pauvreté), qui devient ainsi le cadre unique de toutes les politiques de développement pour la période 2007-2011. Le secteur agricole y est défini comme le levier fondamental de la stratégie de réduction de la pauvreté et la promotion de la croissance au Mali. Notons que cette approche du secteur agricole correspond parfaitement à la vision qu’en propose le président Touré en 2007 lors de la présentation du PDES (Plan de développement économique et social), qui définit une stratégie globale de bonne gouvernance de l’état.

En février 2005, le gouvernement malien lance une concertation en vue de la mise en place d’un cadre stratégique général de développement agricole pour le long terme. C’est un schéma spécifique et global, document unique d’orientation pour le secteur agricole. Cette concertation, menée par l’état, réunit l’ensemble des acteurs concernés, et en premier lieu les agriculteurs. Ce projet, intitulé Loi d’orientation agricole (LOA) doit s’intégrer au processus, en cours, de décentralisation de l’état malien, en respectant ses engagements régionaux (PAU de l’UEMOA et ECOWAP de la CEDEAO ) et internationaux. L’objectif étant de passer d’une agriculture de subsistance à une agriculture durable, diversifiée, moderne et compétitive en se reposant avant tout sur les exploitations familiales, mais aussi sur les « entreprises agricoles », seules capables de créer un environnement propice au développement d’un secteur structuré. Adoptée en décembre 2005, la LOA est cadrée en 2007 par le CSCRP et est un modèle pour la bonne gouvernance soutenue par le président Touré et ce, d’autant plus que la LOA promeut la sécurité alimentaire par la souveraineté alimentaire. Elle est enfin approfondie par des politiques structurelles spécifiques : la PSE (Politiques spécifique élevage) et PSP (pour la pêche). Le volet financier de la LOA étant, pour sa part, approfondi dans le CDMT SA (Cadre de Dépenses à moyen terme, secteur agricole)

La crise de 2008 et l’intensification de la LOA

Mais la crise alimentaire de 2008 vient perturber l’application de la LOA, et la hausse généralisée des prix des céréales pousse le gouvernement malien à adopter un plan structurel spécifique pour la saison 2008/2009 dit « Initiative Riz ». Le plan donne des objectifs de productions chiffrés pour la saison en cours : récolte de 1Mt, pour une demande annuelle intérieure de 0.9Mt, soit une progression de 50% par rapport à la saison 2007/2008. Selon l’Initiative, cet objectif doit être atteint par la croissance de la productivité des systèmes de production via l’intensification de la mise en culture et la valorisation des filières. Le gouvernement voit dans l’Initiative Riz un moyen de renforcer structurellement la LOA en permettant de faire plus rapidement du Mali une puissance agricole, objectif également annoncé dans le PDES de 2007. Dans le prolongement de cette initiative saisonnière répondant à la crise alimentaire, le gouvernement du Mali adopte en mai 2009 une Stratégie nationale de développement de la riziculture (SNDR). LA SNDR se veut une stratégie de croissance accélérée reposant sur le volet agro-pastorale de la LOA, et elle est également inspirée des réflexions initiées au sein de la CADR (Coalition pour le développement du riz en Afrique) dont le Mali est membre. Dans le prolongement de l’Initiative Riz, la SNDR donne un objectif de production de céréales à l’horizon 2012 établi à 10Mt, puis à une croissance annuelle de la production de 1Mt. Cette stratégie prolonge donc la volonté d’amélioration de la productivité initiée pour le riz et l’étend à l’ensemble des productions céréalières, ce qui permet de faire du Mali une puissance agricole céréalière régionale, répondant, une fois encore, aux ambitions définies par le PDES.

Néanmoins, si la force de la crise alimentaire de 2008 a poussé le Mali (comme bien d’autres pays ouest-africains) à prendre des initiatives rapides en matière de politique agricole afin de limiter les effets de la crise sur sa population, elle a également eu pour conséquence un recul dans le processus de définitions des politiques, du fait de la nécessité d’apporter une réponse rapide aux problèmes. Ainsi, au Mali comme ailleurs, le pouvoir politique a repris largement en main la problématique agricole, au détriment de l’influence croissante depuis les années 90 des professionnels agricoles. Si les OPA saluent la volonté politique de réagir rapidement aux effets de la crise, elles dénoncent cependant les réponses inadaptées qui sont apportées, justement parce que le monde politique malien cerne mal les origines des difficultés du monde rural, du fait d’un manque d’intégration des professionnels à l’élaboration des plans. Les politiques agricoles du Mali depuis 2008 apparaissent, en ce sens, comme un retour en arrière, du point de vue du processus décisionnel, au regard des avancées réelles apparues depuis 1991.
Notons enfin que l’état malien consacre, à l’agriculture, près de 16% de son budget, dépassant largement les objectifs définis à Maputo dans le cadre du Nepad dès 2007. Cependant, les dernières politiques adoptées ont un coût très important, et nombre de spécialistes doutent des capacités du Mali à dégager sur le long terme les ressources financières conséquentes nécessaires pour atteindre les objectifs ambitieux que le gouvernement a fixé.

Top